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José Manuel Torres Funès

Ils en parlent…

José Manuel Torres Funes (Tegucigalpa – Honduras, 1979) fait partie de cette génération d’écrivains latino-américains qui, loin de leurs pays respectifs, offrent une réécriture des territoires qu’ils ont laissés derrière eux. Auteur de recueils de nouvelles (El desfiladero – 2003, Esta tarde vi llover – 2017), publié dans plusieurs anthologies d’écrivains d’Amérique centrale, il est publié pour la première fois en Europe aux éditions Héliotropismes.

 

 

 
 

Nicolas Guyot est un photographe qui utilise des techniques de développement lui permettant de transposer les images photographiques sur différents supports, tels que le bois ou la toile. Je travaille de manière plastique un procédé à base de bromure d’argent, qui, en conjonction avec d’autres éléments, permet de donner corps et texture aux photographies. Photographies de visages et de paysages du monde principalement improvisés à travers la lumière et la chimie au moment du développement. Je fabrique ces supports et ces produits chimiques moi-même. C’est quelque chose que j’ai appris à faire il y a longtemps, alors qu’on n’était toujours pas entré dans l’ère de l’image digitale.

Derrière le visage et le paysage, se lit une quête de l’autre, d’un autre à capter en premier lieu par l’objectif et qui continue à évoluer pendant l’étape du développement. Dans la chambre noire, Guyot manipule ses images un grand nombre de fois jusqu’à ce que le travail fasse disparaître la photographie originelle pour donner naissance à une nouvelle image. Grâce à ce procédé technique et chimique, le travail sur l’image se détache de la photographie, et la proposition plastique, originale et émouvante, prend possession de la figure. En d’autres termes, le travail de Guyot consiste à peindre avec la lumière.

Très éloignées des canons photographiques contemporains, ses images sont exemptes de l’incandescence de la photographie digitale. L’aspect brillant, la lumière artificielle n’ont pas leur place dans ses photos, qui fuient les artifices visant à impressionner l’œil, parce qu’elles cherchent à atteindre le cerveau et les sens, sans autre outil que l’alchimie de la photographie analogique et des techniques ancestrales de développement (Guyot applique en effet dans son travail les vieilles techniques photographiques crées au XIXème siècle).

S’inventent ainsi des toiles à l’aura poétique, avec un arrière plan historiographique, estompées pour certaines, opaques pour d’autres, émergées comme des rêves, détachées de leur histoire propre, comme des ombres indépendantes qui, avec l’aide du spectateur, se convertissent en figures par la suite.

Sans raccourci, des visages et des paysages qui peuvent provenir des contextes les plus distants géographiquement nous deviennent proches et même intimes. Dès les tout premiers contacts avec cet artiste, nous avons été séduits par la dimension indéfinissable de son œuvre que l’on ne saurait juger facilement. Loin de la facilité et des clichés, elle s’expose sans peur, dans toute sa complexité.

Nous croyons que la peinture photographique de Guyot apporte à notre espace ce caractère philosophique et cosmopolite auquel nous sommes tant attentifs. Nous pensons que ses œuvres sont une fenêtre ouverte sur le monde, qui va nous permettre de connecter d’une manière inattendue la capitale du Honduras avec des villes et des lieux comme Alep (Syrie), Brazzaville (Congo), le Népal ou les Alpes françaises, pour n’en citer qu’un petit nombre.

Nous n’avons d’autre objectif que de fusionner les horizons et de tendre des ponts par la culture, à même de générer des dialogues et des débats innovants.

 

José Manuel Torres Funes

Traduit de l’espagnol par Laurent Bouisset

Ce texte à été écrit à l’occasion de l’exposition “Imagenes de lo insodable” à Tégucigalpa de mars à mai 2017.